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Citations - Français

Il m'arrive d'éprouver une sorte de stupeur à l'idée qu'il ait pu exister des "fous de Dieu", qui lui ont tout sacrifié, à commencer par leur raison. Souvent il me semble entrevoir comment on peut se détruire pour lui dans un élan morbide, dans une désagrégation de l'âme et du corps. D'où l'aspiration immatérielle à la mort. Il y a quelque chose de pourri dans l'idée de Dieu!
- Des larmes et des saints

Le seul argument contre l'immortalité est l'ennui. De là dérivent d'ailleurs toutes nos négations.
- Des larmes et des saints

Toute croyance rend insolent ; nouvellement acquise, elle avive les mauvais instincts ; ceux qui ne la partagent pas font figure de vaincus et d'incapables, ne méritant que pitié et mépris. Observez les néophytes en politique et surtout en religion, tous ceux qui ont réussi à intéresser Dieu à leurs combines, les convertis, les nouveaux riches de l'Absolu. Confrontez leur impertinence avec la modestie et les bonnes manières de ceux qui sont en train de perdre leur foi et leurs convictions...
- Syllogismes de l'amertume

Pour manier les hommes, il faut pratiquer leurs vices et en rajouter. Voyez les papes : tant qu'ils forniquaient, s'adonnaient à l'inceste et assassinaient, ils dominaient le siècle ; et l'Église était toute-puissante. Depuis qu'ils en respectent les préceptes, ils ne font que déchoir : l'abstinence, comme la modération, leur aura été fatale ; devenus respectables, plus personne ne les craint. Crépuscule édifiant d'une institution.
- Syllogismes de l'amertume

Je sais que ma naissance est un hasard, un accident risible, et cependant, dès que je m'oublie, je me comporte comme si elle était un événement capital, indispensable à la marche et à l'équilibre du monde.
- De l'inconvénient d'être né

Quand on revoit quelqu'un après de longues années, il faudrait s'asseoir l'un en face de l'autre et ne rien dire pendant des heures, afin qu'à la faveur du silence la consternation puisse se savourer elle-même.
- De l'inconvénient d'être né

Le non-savoir est le fondement de tout, il crée le tout par un acte qu'il répète à chaque instant, il produit ce monde et n'importe quel monde, puisqu'il ne cesse de prendre pour réel ce qui ne l'est pas. Le non-savoir est la gigantesque méprise qui sert de base à toutes nos vérités, le non-savoir est plus et plus puissant que tous les dieux réunis.
- De l'inconvénient d'être né

N'importe qui se sauve par le sommeil, n'importe qui a du génie en dormant: point de différence entre les rêves d'un boucher et ceux d'un poète. Mais notre clairvoyance ne saurait tolérer qu'une telle merveille dure, ni que l'inspiration soit mise à la portée de tous: le jour nous retire les dons que la nuit nous dispense.
- La tentation d'exister

L'expression n'étant pas de taille à se mesurer avec les événements, fabriquer des livres et s'en montrer fier, constitue un spectacle des plus pitoyables: quelle nécessité pousse un écrivain qui a écrit cinquante volumes à en écrire encore un autre? pourquoi cette prolifération, cette peur d'être oublié, cette coquetterie de mauvais aloi?
- La tentation d'exister

Si l'homme avait eu la moindre vocation pour l'éternité, au lieu de courir vers l'inconnu, vers le nouveau, vers les ravages qu'entraîne l'appétit d'analyse, il se fût contenté de Dieu, dans la familiarité duquel il prospérait.
- La chute dans le temps

L'impossibilité de s'abstenir, la hantise du faire dénote, à tous les niveaux, la présence d'un principe démoniaque.
- La chute dans le temps

Si l'homme n'est pas près d'abdiquer ou de reconsidérer son cas, c'est qu'il n'a pas encore tiré les dernières conséquences du savoir et du pouvoir. Convaincu que son moment viendra, qu'il lui appartient de rattraper Dieu et de le dépasser, il s'attache - en envieux - à l'idée d'évolution, comme si le fait d'avancer dût nécessairement le porter au plus haut degré de perfection. A vouloir être autre, il finira par n'être rien ; il n'est déjà plus rien. Sans doute évolue-t-il, mais contre lui-même, aux dépens de soi, vers une complexité qui le ruine. Devenir et progrès sont notions en apparences voisines, en fait divergentes. Tout change, c'est entendu, mais rarement, sinon jamais, pour le mieux. Infléchissement euphorique du malaise originel, de cette fausse innocence qui éveilla chez notre ancêtre le désir du nouveau, la foi à l'évolution, à l'identité du devenir et du progrès, ne s'écroulera que lorsque, parvenu à la limite, à l'extrémité de son égarement, l'homme, tourné enfin vers le savoir qui mène à la délivrance et non à la puissance, sera à même d'opposer irrévocablement un non à ses exploits et à son œuvre.
- La chute dans le temps

Certains problèmes, une fois approfondis, vous isolent dans la vie, vous anéantissent même : alors on a plus rien à perdre, ni rien à gagner. L’aventure spirituelle ou l’élan indéfini vers les formes multiples de la vie, la tentation d’une réalité inaccessible ne sont que simples manifestations d’une sensibilité exubérante, dénuée du sérieux qui caractérise celui qui aborde des questions vertigineuses. Il ne s’agit pas ici de la gravité superficielle de ceux qu’on dit sérieux, mais d’une tension dont la folie exacerbée vous élève, à tout moment, au plan de l’éternité. Vivre dans l’histoire perd alors toute signification, car l’instant est ressenti si intensément que le temps s’efface devant l’éternité. Certains problèmes purement formels, si difficiles soient-ils, n’exigent nullement un sérieux infini, puisque, loin de surgir des profondeurs de notre être, ils sont uniquement les produits des incertitudes de l’intelligence. Seul le penseur organique est capable de ce type de sérieux, dans la mesure où pour lui les vérités émanent d’un supplice intérieur plus que d’une spéculation gratuite. A celui qui pense pour le plaisir de penser s’oppose celui qui pense sous l’effet d’un déséquilibre vital. J’aime la pensée qui garde une saveur de sang et de chair, et je préfère mille fois à l’abstraction vide une réflexion issue d’un transport sensuel ou d’un effondrement nerveux. Les hommes n’ont pas encore compris que le temps des engouements superficiels est révolu, et qu’un cri de désespoir est bien plus révélateur que la plus subtile des arguties, qu’une larme a toujours des sources plus profondes qu’un sourire. Pourquoi refusons-nous d’accepter la valeur exclusive des vérités vivantes, issues de nous-mêmes ? L’on ne comprend la mort qu’en ressentant la vie comme une agonie prolongée, où vie et mort se mélangent. […]
- Sur les cimes du désespoir

Que l'homme perde sa faculté d'indifférence: il devient assasssin virtuel; qu'il transforme son idée en dieu: les conséquences en sont incalculables. On ne tue qu'au nom d'un dieu ou de ses contrefaçons. Les époques de ferveur excellent en exploits sanguinaires: Ste Thérese ne pouvait qu'etre contemporaire des autodafés, et Luther du massacre des paysans...
Le diable paraît bien pâle auprès de celui qui dispose d'une vérité, de sa vérité. Les vrais criminels sont ceux qui établissent une orthodoxie sur le plan religieux ou politique, qui distinguent entre le fidèle et le schismatique. Lorsqu'on se refuse à admettre le caractère interchangeable des idées, le sang coule...
Regardez autour de vous: partout des larves qui prechent; chaque institution traduit une mission... La société est un enfer de sauveurs! Ce qu'y cherchait Diogène avec sa lanterne, c'était un indifférent... Il me suffit d'entendre quelqu'un parler sincèrement d'idéal, d'avenir, de philosophie, de l'entendre dire "nous" avec une inflexion d'assurance, d'invoquer "les autres" et s'en estimer l'interprète pour que je le considère mon ennemi...
On se méfie des finauds, des fripons, des farceurs; pourtant, on ne saurait leur imputer aucune des grandes convulsions de l'histoire... L'humanité leur doit le peu de moments de prospérité qu'elle connut... Le fanatique, lui, est incorruptible: si pour une idée, il tue, il peut tout aussi bien se faire tuer pour elle; dans les deux cas, tyran ou martyr, c'est un monstre; les grands persécuteurs se recrutent parmi les martyres auxquels on n'a pas coupé la tete...
Dans tout homme sommeille un prophète, et quand il s'éveille il y a un peu plus de mal dans le monde...
- Précis de décomposition

Le meilleur moyen de consoler un malheureux est de l'assurer qu'une malédiction certaine pèse sur lui. Ce genre de flatterie l'aide à mieux supporter ses épreuves, l'idée de malédiction supposant élection, misère de choix.
- Écartèlement

Le sceptique est le désespoir du diable. C'est que le sceptique, n'étant l'allié de personne, ne pourra aider ni au bien ni surtout au mal. Il ne coopère avec rien, même pas avec soi.
- Cahiers 1957-1972

Pendant des siècles des esprits se sont battus et ont risqué leur vie pour se libérer de Dieu.
Et nous, au milieu du XXe, nous regrettons les chaînes qu'Il représentait et ne savons que faire d'une liberté pour laquelle nous n'avons fait aucun sacrifice, que nous n'avons pas conquise. Nous sommes les héritiers ingrats de l'athéisme héroïque, les épigones de la révolte, une masse de rebelles qui déplorent secrètement la disparition des "superstitions", des "préjugés" et des anciennes "terreurs
- Cahiers 1957-1972

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1 comment:

  1. Il ne faut pas s'astreindre à une oeuvre, il faut seulement dire quelque chose qui puisse se murmurer à l'oreille d'un ivrogne ou d'un mourant.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1272

    Jamais à l'aise dans l'immédiat, ne me séduit que ce qui me précède, que ce qui m'éloigne d'ici, les instants sans nombre où je ne fus pas: le non-né.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1272

    Je sais que ma naissance est un hasard, un accident risible, et cependant, dès que je m'oublie, je me comporte comme si elle était un événement capital, indispensable à la marche et à l'équilibre du monde.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1273

    Le vrai contact entre les êtres ne s'établit que par la présence muette, par l'apparente non-communication, par l'échange mystérieux et sans parole qui ressemble à la prière intérieure.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1274

    Que tout soit dépourvu de consistance, de fondement, de justification, j'en suis d'ordinaire si assuré, que, celui qui oserait me contredire, fût-il l'homme que j'estime le plus, m'apparaîtrait comme un charlatan ou un abruti.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1274

    Si la mort n'avait que des côtés négatifs, mourir serait un acte impraticable.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1275

    Être en vie - tout à coup je suis frappé par l'étrangeté de cette expression, comme si elle ne s'appliquait à personne.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1275

    J'aimerais être libre, éperdument libre. Libre comme un mort-né.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1275

    S'il entre dans la lucidité tant d'ambiguïté et de trouble, c'est qu'elle est le résultat du mauvais usage que nous avons fait de nos veilles.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1275

    Ne jamais s'évader du possible, se prélasser en éternel velléitaire, oublier de naître.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1276

    Quand on revoit quelqu'un après de longues années, il faudrait s'asseoir l'un en face de l'autre et ne rien dire pendant des heures, afin qu'à la faveur du silence la consternation puisse se savourer elle-même.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1276

    [...] tout malaise n'est qu'une expérience métaphysique avortée.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1277

    Je rêve d'un confesseur idéal, à qui tout dire, tout avouer, je rêve d'un saint blasé.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1278

    Certains ont des malheurs; d'autres, des obsessions. Lesquels sont le plus à plaindre?
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1278

    Je n'aimerais pas qu'on fût équitable à mon endroit: je pourrais me passer de tout, sauf du tonique de l'injustice.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1278

    Nous n'avouons nos chagrins à un autre que pour le faire souffrir, pour qu'il les prenne à son compte. Si nous voulions nous l'attacher, nous ne lui ferions part que de nos tourments abstraits, les seuls qu'accueillent avec empressement tous ceux qui nous aiment.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1279

    Tout malaise individuel se ramène, en dernière instance, à un malaise cosmogonique, chacune de nos sensations expiant ce forfait de la sensation primordiale, par quoi l'être se glissa hors d'on ne sait où...
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1280

    Nulle différence entre l'être et le non-être, si on les appréhende avec une égale intensité.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1280

    Le non-savoir est le fondement de tout, il crée le tout par un acte qu'il répète à chaque instant, il produit ce monde et n'importe quel monde, puisqu'il ne cesse de prendre pour réel ce qui ne l'est pas. Le non-savoir est la gigantesque méprise qui sert de base à toutes nos vérités, le non-savoir est plus et plus puissant que tous les dieux réunis.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1280

    [...] l'échec, toujours essentiel, nous dévoile à nous-mêmes, il nous permet de nous voir comme Dieu nous voit, alors que le succès nous éloigne de ce qu'il y a de plus intime en nous et en tout.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1281

    Après minuit commence la griserie des vérités pernicieuses.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1281

    Ce qu'on appelle "sagesse" n'est au fond qu'une perpétuelle "réflexion faite", c'est-à-dire la non-action comme premier mouvement.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1281

    [...] naître, c'est s'attacher.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1282

    Dans l'anxiété et l'affolement, le calme soudain à la pensée du foetus qu'on a été.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1282

    [...] la pensée de la mort aide à tout, sauf à mourir!
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1284

    N'est pas humble celui qui se hait.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1285

    J'ai toujours cherché les paysages d'avant Dieu. D'où mon faible pour le Chaos.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1286

    J'ai décidé de plus m'en prendre à personne depuis que j'ai observé que je finis toujours par ressembler à mon dernier ennemi.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1286

    On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1286

    Plus les hommes s'éloignent de Dieu, plus ils avancent dans la connaissance des religions.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1287

    Regarder sans comprendre, c'est le paradis. L'enfer serait donc le lieu où l'on comprend, où l'on comprend trop...
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1287

    [...] c'est la volonté de donner notre maximum qui nous porte aux excès et aux dérèglements.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1288

    N'est profond, n'est véritable que ce que l'on cache. D'où la force des sentiments vils.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1288

    Aime à être ignoré.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1288

    L'essentiel n'a jamais exigé le moindre talent.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1288

    Ce n'est pas la peine de se tuer, puisqu'on se tue toujours trop tard.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1290

    [...] éthique du crépuscule [...]
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1290

    On a d'autant plus de prise sur ce monde qu'on s'en éloigne, qu'on n'y adhère pas. Le renoncement confère un pouvoir infini.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1290

    Il répugnait aux vérités objectives, à la corvée de l'argumentation, aux raisonnements soutenus. Il n'aimait pas démontrer, il ne tenait à convaincre personne. Autrui est une invention de dialecticien.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1291

    Je n'ai pas rencontré un seul esprit intéressant qui n'ait été largement pourvu en déficiences inavouables.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1293

    Il n'est pas d'art vrai sans une forte dose de banalité. Celui qui use de l'insolite d'une manière constante lasse vite, rien n'étant plus insupportable que l'uniformité de l'exceptionnel.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1293

    Être objectif, c'est traiter l'autre comme on traite un objet, un macchabée, c'est se comporter à son égard en croque-mort.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1294

    Tout est unique - et insignifiant.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1294

    Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous lâcher.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1294

    Les penseurs de première main méditent sur des choses; les autres, sur des problèmes. Il faut vivre face à l'être, et non face à l'esprit.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1296

    Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1296

    [...] la biographie d'une pensée [...]
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1298

    L'unique confession sincère est celle que nous faisons indirectement - en parlant des autres.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1299

    La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1299

    Faire le mal est un plaisir, non une joie. La joie, seule vraie victoire sur le monde, est pure dans son essence, elle est donc irréductible au plaisir, toujours suspect et en lui-même et dans ses manifestations.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1299

    Le sage est celui qui consent à tout, parce qu'il ne s'identifie avec rien. Un opportuniste sans désir.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1300

    Ce que les autres font, nous avons toujours l'impression que nous pourrions le faire mieux. Nous n'avons malheureusement pas le même sentiment à l'égard de ce que nous faisons nous-mêmes.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1300

    Nous ne comprenons ce qu'est la mort qu'en nous rappelant soudain la figure de quelqu'un qui n'aura été rien pour nous.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1302

    Toute forme de hâte, même vers le bien, trahit quelque dérangement mental.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1302

    Nous ne pardonnons qu'aux enfants et aux fous d'être francs avec nous: les autres, s'ils ont l'audace de les imiter, s'en repentiront tôt ou tard.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1304

    Ne dure que ce qui a été conçu dans la solitude, face à Dieu, que l'on soit croyant ou non.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1305

    Nous avons perdu en naissant autant que nous perdrons en mourant. Tout.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1305

    [...] une démence intéressée...
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1307

    [...] guérir de l'ennui par la stupeur.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1307

    Plus d'un déséquilibre - peut-être même tout déséquilibre - provient d'une vengeance qu'on a différée trop longtemps. Sachons exploser! N'importe quel malaise est plus sain que celui que suscite une rage thésaurisée.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1309

    L'avantage d'être quelqu'un est plus rare que celui d'oeuvrer. Produire est facile; ce qui est difficile, c'est dédaigner de faire usage de ses dons.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1309

    [...] un enfer trop parfait est presque aussi stérile que le paradis.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1310

    L'interminable est la spécialité des indécis.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1311

    Le désir de paraître subtil ne nuit pas à la subtilité. Un débile mental, s'il pouvait ressentir l'envie d'épater, réussirait à donner le change et même à rejoindre l'intelligence.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1312

    C'est un aberration de se vouloir différent de ce qu'on est, d'épouser en théorie toutes les conditions, sauf la sienne.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1313

    On doit se méfier des lumières qu'on possède sur soi. La connaissance que nous avons de nous-même, indispose et paralyse notre démon. C'est là qu'il faut chercher la raison pour laquelle Socrate n'a rien écrit.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1316

    Deux ennemis, c'est un même homme divisé.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1316

    Ce n'est pas la peur d'entreprendre, c'est la peur de réussir, qui explique plus d'un échec.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1317

    On ne redoute l'avenir que lorsqu'on n'est pas sûr de pouvoir se tuer au moment voulu.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1317

    Toute pensée dérive d'une sensation contrariée.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1318

    Ce n'est pas le malheur, c'est le bonheur, le bonheur insolent, il est vrai, qui conduit à l'aigreur et au sarcasme.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1319

    Plus quelqu'un est comblé de dons, moins il avance sur le plan spirituel. Le talent est un obstacle à la vie intérieure.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1320

    Ne regarde ni en avant ni en arrière, regarde en toi-même, sans peur ni regret. Nul ne descend en soi tant qu'il demeure esclave du passé ou de l'avenir.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1323

    Écrire est l'acte le moins ascétique qui soit.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1325

    [...] un rien de plein [...]
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1326

    À quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir; ce qui est certain, c'est qu'elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n'y saurait pénétrer.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1327

    J'aime lire comme lit une concierge: m'identifier à l'auteur et au livre. Toute autre attitude me fait penser au dépeceur de cadavres.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1328

    Dès que quelqu'un se convertit à quoi que ce soit, on l'envie tout d'abord, puis on le plaint, ensuite on le méprise.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1328

    Quand il me faut mener à bien une tâche que j'ai assumée par nécessité ou par goût, à peine m'y suis-je attaqué, que tout me semble important, tout me séduit, sauf elle.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1328

    Vivre, c'est perdre du terrain.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1330

    Dire que tant et tant ont réussi à mourir!
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1330

    [...] chacun engendre son propre ennemi.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1331

    L'unique moyen de sauvegarder sa solitude est de blesser tout le monde, en commençant par ceux qu'on aime.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1332

    Un livre est un suicide différé.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1332

    On a beau dire, la mort est ce que la nature a trouvé de mieux pour contenter tout le monde.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1332

    Plus on vit, moins il semble utile d'avoir vécu.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1333

    La seule manière de nous acheminer vers l'universel est de nous occuper uniquement de ce qui nous regarde.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1337

    Ceux que nous n'aimons pas brillent rarement dans nos rêves.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1337

    Le scepticisme est l'ivresse de l'impasse.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1339

    Il tombe sous le sens que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une aussi satisfaisante.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1340

    Les avantages d'un état d'éternelle virtualité me paraissent si considérables, que, lorsque je me mets à les dénombrer, je n'en reviens pas que le passage à l'être ait pu s'opérer jamais.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1342

    Les obsessions sont les démons d'un monde sans foi.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1345

    L'homme accepte la mort mais non l'heure de sa mort. Mourir n'importe quand, sauf quand il faut que l'on meure!
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1345

    L'inconscience est une patrie; la conscience un exil.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1345

    Une seule chose importe: apprendre à être perdant.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1346

    Ce qui est fâcheux dans les malheurs publics, c'est que n'importe qui s'estime assez compétent pour en parler.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1348

    La seule chose qu'on devrait apprendre aux jeunes est qu'il n'y a rien, mettons presque rien, à attendre de la vie.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, p. 1349

    Le Progrès est l'injustice que chaque génération commet à l'égard de celle qui l'a précédée.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1349

    L'idée de progrès déshonore l'intellect.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1353

    N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1353

    Avec le recul, plus rien n'est bon, ni mauvais. L'historien qui se mêle de juger le passé fait du journalisme dans un autre siècle.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1354

    Le sage est un destructeur apaisé, retraité. Les autres sont des destructeurs en exercice.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1355

    [...] choyé par la malchance.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1358

    Lorsqu'on a commis la folie de confier à quelqu'un un secret, le seul moyen d'être sûr qu'il le gardera pour lui, est de le tuer sur-le-champ.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1361

    L'admiration n'a rien à voir avec le respect.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1362

    [...] porteuse de cadavre [...] (Il est question de la femme enceinte
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1363

    Un texte expliqué n'est plus un texte. On vit avec une idée, on ne la désarticule pas; on lutte avec elle, on n'en décrit pas les étapes.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1364

    Avec du sarcasme, on peut seulement masquer ses blessures, sinon ses dégoûts.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1366

    Chacun expie son premier instant.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1369

    Je n'ai pas la foi, heureusement. L'aurais-je, que je vivrais avec la peur constante de la perdre. Ainsi, loin de m'aider, ne ferait-elle que me nuire.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1372

    L'homme est le cancer de la terre.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1376

    Le plaisir de se calomnier vaut de beaucoup celui d'être calomnié.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1376

    Les affres de la vérité sur soi sont au-dessus de ce qu'on peut supporter. Celui qui ne se ment plus à lui-même (si tant est qu'un tel être existe), combien il est à plaindre!
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1379

    Imaginer, c'est se restreindre, c'est exclure.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1384

    La seule manière de supporter revers après revers est d'aimer l'idée même de revers. Si on y parvient, plus de surprises: on est supérieur à tout ce qui arrive, on est une victime invincible.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1385

    [...] l'injustice d'exister.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1386

    [...] tout ce que nous possédons n'est qu'un capital de non-être.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1387

    [En parlant de l'homme] un singe occupé.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p.1388

    Naissance et chaîne sont synonymes. Voir le jour, voir des menottes...
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1400

    Se détruit quiconque, répondant à sa vocation et l'accomplissant, s'agite à l'intérieur de l'histoire; celui-là seul se sauve qui sacrifie dons et talents pour que, dégagé de sa qualité d'homme, il puisse se prélasser dans l'être.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p.821

    On périt toujours par le moi qu'on assume: porter un nom c'est revendiquer un mode exact d'effondrement.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 821

    "Que l'homme n'aime rien, et il sera invulnérable" (Tchouang-Tse). Maxime profonde autant qu'inopérante. L'apogée de l'indifférence, comment y atteindre, quand notre apathie même est tension, conflit, agressivité?
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 822

    Notre mal? Des siècles d'attention au temps, d'idolâtrie du devenir.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 823

    Vivre à même l'éternité, c'est vivre au jour le jour.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 824

    La sphère de la conscience se rétrécissant dans l'action, nul qui agit ne peut prétendre à l'universel, car agir c'est se cramponner aux propriétés de l'être au détriment de l'être, à une forme de réalité au préjudice de la réalité. Le degré de notre affranchissement se mesure à la quantité d'entreprises dont nous nous serons émancipés, comme à notre capacité de convertir tout objet en non-objet.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 825

    Seul s'affranchit l'esprit qui, pur de toute accointance avec êtres ou objets, s'exerce à sa vacuité.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 825

    N'importe qui se sauve par le sommeil, n'importe qui a du génie en dormant: point de différence entre les rêves d'un boucher et ceux d'un poète. Mais notre clairvoyance ne saurait tolérer qu'une telle merveille dure, ni que l'inspiration soit mise à la portée de tous: le jour nous retire les dons que la nuit nous dispense.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 826

    [...] ce qui nous vénérons dans nos dieux ce sont nos défaites en beau.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 827

    [...] nous sommes tous des Lucifers de statistique.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 827

    Contaminés par la superstition de l'acte, nous croyons que nos idées doivent aboutir.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 827

    Quiconque s'avise d'atténuer notre solitude ou nos déchirements agit à l'encontre de nos intérêts et de notre vocation.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 828

    [...] ce "grand triste" [en parlant du Diable] est un rebelle qui doute.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 829

    [...] l'histoire, agression de l'homme contre lui même, [...]; se vouer à l'histoire, c'est apprendre à s'insurger, à imiter le Diable.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 829

    Le meurtre suppose et couronne la révolte: celui qui ignore le désir de tuer aura beau professer des opinions subversives, il ne sera jamais qu'un conformiste.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 830

    Seuls nous séduisent les esprits qui se sont détruits pour avoir voulu donner un sens à leur vie.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 830

    [...] l'utopie, presbytie des vieux peuples.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 833

    Les rides d'une nation sont aussi visibles que celles d'un individu.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 834

    La destruction des idoles entraîne celle des préjugés.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 837

    Nul être soucieux de son équilibre ne devrait dépasser un certain degré de lucidité et d'analyse.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 837

    Nombreux sont ceux qui s'apprêtent à vénérer n'importe quelle idole et à servir n'importe quelle vérité, pourvu que l'une et l'autre leur soient infligées et qu'ils n'aient pas à fournir l'effort de choisir leur honte ou leur désastre.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 840

    L'art de se survivre, ils [les occidentaux] s'y distinguent déjà.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 841

    La raison: rouille de notre vitalité.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 842

    On ne peut être normal et vivant à la fois.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 842

    L'esprit est vampire.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 845

    L'aspiration à "sauver le monde" est le phénomène morbide de la jeunesse d'un peuple.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 847

    L'habitude du raisonnement et de la spéculation est l'indice d'une insuffisance vitale et d'une détérioration de l'affectivité. Pensent avec méthode ceux-là seuls qui, à la faveur de leurs déficiences, parviennent à s'oublier, à ne plus faire corps avec leurs idées: la philosophie, apanage d'individus et de peuples biologiquement superficiels.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 849

    [...] le génie du regret.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 849

    [...] un peuple qui est un tourment pour lui-même est un peuple malade.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 850

    [...] songerie géologique.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 851

    Se savoir d'une engeance qui n'a jamais été est une amertume où il entre quelque douceur et même quelque volupté.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 852

    Créer une littérature c'est créer une prose.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 854

    Il n'est point aisé de n'être de nulle part, quand aucune condition extérieure ne vous y contraint.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 856

    Personne ne peut sauver la jeunesse de ses chagrins.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 856

    [...] devenir un vaincu décent, un réprouvé convenable.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 857

    [...] l'orgasme du remords.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 863

    [...] la rage d'un amour-haine.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 867

    [...] la volupté d'être épave [...]
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 868

    Le tact, vice terrien, préjugé des civilisations enracinées, instinct du protocole [...]
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 871

    [...] l'art de vivre [...] consiste dans l'expérience intégrale du présent.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 876

    [...] la haine équivaut à un reproche que l'on n'ose se faire à soi, à une intolérance à l'égard de notre idéal incarné dans autrui.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 878

    [...] à quelques criminels près, tout le monde aspire à avoir une âme publique, une âme-affiche.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 881

    L'écrivain, c'est sa fonction, dit toujours plus qu'il n'a à dire: il dilate sa pensée et la recouvre de mots. Seuls subsistent d'une oeuvre deux ou trois moments: des éclairs dans du fatras. Vous dirais-je le fond de ma pensée? Tout mot est un mot de trop. Il s'agit pourtant d'écrire: écrivons..., dupons-nous les uns les autres.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 882

    [...] ménopauses métaphysiques [...]
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 883

    L'expression n'étant pas de taille à se mesurer avec les événements, fabriquer des livres et s'en montrer fier, constitue un spectacle des plus pitoyables: quelle nécessité pousse un écrivain qui a écrit cinquante volumes à en écrire encore un autre? pourquoi cette prolifération, cette peur d'être oublié, cette coquetterie de mauvais aloi?
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 884

    La barbarie est accessible à quiconque: il suffit d'y prendre goût.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 884

    Examinez les esprits qui réussissent à nous intriguer: loin de faire la part des choses, ils défendent des positions insoutenables.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 885

    On ne détruit pas, on se détruit.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 885

    Plus rien à poursuivre, sinon la poursuite du rien. La Vérité? Une marotte d'adolescents, ou un symptôme de sénilité.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 887

    [...] ce climat d'asthme que créent les convictions [...]
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 887

    [s'] engager dans n'importe quoi sans y adhérer.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 888

    [...] j'ai eu le tort de fréquenter bon nombre de poètes. À quelques exceptions près, ils étaient inutilement graves, infatués ou odieux, des monstres eux aussi, des spécialités, tout ensemble tortionnaires et martyrs de l'adjectif, et dont j'avais surfait le dilettantisme, la clairvoyance, la sensibilité au jeu intellectuel. La futilité ne serait-elle qu'un "idéal"?
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 888

    [...] devenir métaphysiquement étrangers.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 888

    L'amour ou la haine que nous lui portons [à Dieu] révèle moins la qualité de nos inquiétudes que la grossièreté de notre cynisme.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 889

    L'expérience du vide est la tentation mystique de l'incroyant, sa possibilité de prière, son moment de plénitude.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 890

    Mes convictions sont des prétextes: de quel droit vous les imposerais-je?
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 893

    Virus de la prose, le style poétique la désarticule et la ruine: une prose poétique est une prose malade.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 897

    Shakespeare : rendez-vous d'une rose et d'une hache...
    (Syllogismes de l'amertume, p.747, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Ne cultivent l'aphorisme que ceux qui ont connu la peur au milieu des mots, cette peur de crouler avec tous les mots.
    (Syllogismes de l'amertume, p.747, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Tout mot me fait mal. Combien pourtant il me serait doux d'entendre des fleurs bavarder sur la mort !
    (Syllogismes de l'amertume, p.748, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Un livre qui, après avoir tout démoli, ne se démolit pas lui-même, nous aura exaspérés en vain.
    (Syllogismes de l'amertume, p.748, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Tout Occidental tourmenté fait penser à un héros dostoïevskien qui aurait un compte en banque.
    (Syllogismes de l'amertume, p.748, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Mystère. - mot dont nous nous servons pour tromper les autres, pour leur faire croire que nous sommes plus profonds qu'eux.
    (Syllogismes de l'amertume, p.749, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Ce qui fait durer une oeuvre, ce qui l'empêche de dater, c'est sa férocité. Affirmation gratuite ? Considérez le prestige de l'Évangile, livre agressif, livre venimeux s'il en faut.
    (Syllogismes de l'amertume, p.749, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Qu'une réalité se cache derrière les apparences, cela est, somme toute, possible ; que le langage puisse la rendre, il serait ridicule de l'espérer. Pourquoi s'encombrer alors d'une opinion plutôt que d'une autre, reculer devant le banal ou l'inconcevable, devant le devoir de dire et d'écrire n'importe quoi ? Un minimum de sagesse nous obligerait à soutenir toutes les thèses en même temps, dans un éclectisme du sourire et de la destruction.
    (Syllogismes de l'amertume, p.749, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Le pessimiste doit s'inventer chaque jour d'autres raisons d'exister ; c'est une victime du « sens » de la vie.
    (Syllogismes de l'amertume, p.750, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Il est incroyable que la perspective d'avoir un biographe n'ait fait renoncer personne à avoir une vie.
    (Syllogismes de l'amertume, p.751, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Dans les tourments de l'intellect, il y a une tenue que l'on chercherait vainement dans ceux du coeur.
    Le scepticisme est l'élégance de l'anxiété.
    (Syllogismes de l'amertume, p.753, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Être moderne, c'est bricoler dans l'Incurable.
    (Syllogismes de l'amertume, p.753, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Chaque pensée devrait rappeler la ruine d'un sourire.
    (Syllogismes de l'amertume, p.754, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Nous sommes tous des farceurs ; nous survivons à nos problèmes.
    (Syllogismes de l'amertume, p.755, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    L'Ennui nivelle les énigmes : c'est une rêverie positiviste...
    (Syllogismes de l'amertume, p.756, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Nos flottements portent la marque de notre probité ; nos assurances, celle de notre imposture. La malhonnêteté d'un penseur se reconnaît à la somme d'idées précises qu'il avance.
    (Syllogismes de l'amertume, p.756, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Dans cet univers provisoire nos axiomes n'ont qu'une valeur de faits divers.
    (Syllogismes de l'amertume, p.757, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Objection contre la science : ce monde ne mérite pas d'être connu.
    (Syllogismes de l'amertume, p.757, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Comment peut-on être philosophe ? Comment avoir le front de s'attaquer au temps, à la beauté, à Dieu, et au reste ? L'esprit s'enfle et sautille sans vergogne. Métaphysique, poésie, - impertinences d'un pou...
    (Syllogismes de l'amertume, p.757, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Stoïcisme de parade : être un passionné du « Nil admirari », un hystérique de l'ataraxie.
    (Syllogismes de l'amertume, p.757, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    La liberté ? Sophisme des bien portants.
    (Syllogismes de l'amertume, p.758, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Quand l'idée se cherchait un refuge, elle devait être vermoulue, puisqu'elle n'a trouvé que l'hospitalité d'un cerveau.
    (Syllogismes de l'amertume, p.758, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Technique que nous pratiquons à nos dépens, la psychanalyse dégrade nos risques, nos dangers, nos gouffres ; elle nous dépouille de nos impuretés, de tout ce qui nous rendait curieux de nous-mêmes.
    (Syllogismes de l'amertume, p.758, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Tout problème profane un mystère ; à son tour, le problème est profané par sa solution.
    (Syllogismes de l'amertume, p.759, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Le Réel me donne de l'asthme.
    (Syllogismes de l'amertume, p.760, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    On rencontre la Subtilité :
    [...]
    chez le femmes. Condamnées à la pudeur, elles doivent camoufler leurs désirs, et mentir : le mensonge est une forme de talent, alors que le respect de la « vérité » va de pair avec la grossièreté et la lourdeur.
    (Syllogismes de l'amertume, p.760, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Le philosophe « généreux » oublie à ses dépens que d'un système seules survivent les vérités nuisibles.
    (Syllogismes de l'amertume, p.761, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    S'ennuyer c'est chiquer du temps.
    (Syllogismes de l'amertume, p.766, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    J'ai cherché en moi mon propre modèle. Pour ce qui est de l'imiter, je m'en suis remis à la dialectique de l'indolence. Il est tellement plus agréable de ne pas se réussir !
    (Syllogismes de l'amertume, p.766, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs.
    (Syllogismes de l'amertume, p.767, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Toutes les eaux sont couleur de noyade.
    (Syllogismes de l'amertume, p.767, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Don Quichotte représente la jeunesse d'une civilisation : il s'inventait des événements ; - nous ne savons comment échapper à ceux qui nous pressent.
    (Syllogismes de l'amertume, p.769, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Le héros est périmé ; seul le carnage impersonnel a cours. Nous sommes des fantoches clairvoyants, tout juste propres à faire des simagrées devant l'irrémédiable. L'Occident ? Un possible sans lendemain.
    (Syllogismes de l'amertume, p.773, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    On cesse d'être jeune au moment où on ne choisit plus ses ennemis, où l'on se contente de ceux qu'on a sous la main.
    (Syllogismes de l'amertume, p.776, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Sans Dieu tout est néant ; et Dieu ? Néant suprême.
    (Syllogismes de l'amertume, p.777, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Au beau milieu d'études sérieuses, je découvris que j'allais mourir un jour...; ma modestie en fut ébranlée. Convaincu qu'il ne me restait plus rien à apprendre, j'abandonnai mes études pour mettre le monde au courant d'une si remarquable découverte.
    (Syllogismes de l'amertume, p.778, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Ne me demandez plus mon programme ; respirer, n'en est-ce pas un ?
    (Syllogismes de l'amertume, p.779, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Quel dommage que, pour aller à Dieu, il faille passer par la foi !
    (Syllogismes de l'amertume, p.783, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Réfutation du suicide : n'est-il pas inélégant d'abandonner un monde qui s'est mis si volontiers au service de notre tristesse ?
    (Syllogismes de l'amertume, p.783, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Hors la matière, tout est musique : Dieu même n'est qu'une hallucination sonore.
    (Syllogismes de l'amertume, p.786, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Le secret d'un être coïncide avec les souffrances qu'il espère.
    (Syllogismes de l'amertume, p.787, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    La Création fut le premier acte de sabotage.
    (Syllogismes de l'amertume, p.788, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Le grand forfait de la douleur est d'avoir organisé le Chaos, de l'avoir dégradé en univers.
    (Syllogismes de l'amertume, p.789, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Toute croyance rend insolent ; nouvellement acquise, elle avive les mauvais instincts ; ceux qui ne la partagent pas font figure de vaincus et d'incapables, ne méritant que pitié et mépris. Observez les néophytes en politique et surtout en religion, tous ceux qui ont réussi à intéresser Dieu à leurs combines, les convertis, les nouveaux riches de l'Absolu. Confrontez leur impertinence avec la modestie et les bonnes manières de ceux qui sont en train de perdre leur foi et leurs convictions...
    (Syllogismes de l'amertume, p.792, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    L'art d'aimer ? C'est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d'une anémone.
    (Syllogismes de l'amertume, p.793, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Heureux en amour, Adam nous eût épargné l'Histoire.
    (Syllogismes de l'amertume, p.794, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Sans Bach, la théologie serait dépourvue d'objet, la Création fictive, le néant péremptoire.
    S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu.
    (Syllogismes de l'amertume, p.797, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Que sont toutes les mélodies auprès de celle qu'étouffe en nous la double impossibilité de vivre et de mourir !
    (Syllogismes de l'amertume, p.797, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    À quoi bon fréquenter Platon, quand un saxophone peut aussi bien nous faire entrevoir un autre monde ?
    (Syllogismes de l'amertume, p.797, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Point de musique véritable qui ne nous fasse palper le temps.
    (Syllogismes de l'amertume, p.798, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    La musique, système d'adieux, évoque une physique dont le point de départ ne serait pas les atomes, mais les larmes.
    (Syllogismes de l'amertume, p.798, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Si Noé avait eu le don de lire l'avenir, il n'est point douteux qu'il se fût sabordé.
    (Syllogismes de l'amertume, p.800, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Les événements, - tumeurs du Temps...
    (Syllogismes de l'amertume, p.800, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Évolution : Prométhée, de nos jours, serait un député de l'opposition.
    (Syllogismes de l'amertume, p.800, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    L'histoire, en effet, se ramène à une classification des polices ; car de quoi traite l'historien, sinon de la conception que les hommes se sont faite du gendarme à travers les âges ?
    (Syllogismes de l'amertume, p.801, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    L'homme sécrète du désastre.
    (Syllogismes de l'amertume, p.801, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Toutes les calamités - révolutions, guerres, persécutions - proviennent d'un à-peu-près... inscrit sur un drapeau.
    (Syllogismes de l'amertume, p.803, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Un homme politique qui ne donne pas quelque signe de gâtisme me fait peur.
    (Syllogismes de l'amertume, p.803, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    L'anxiété - ou le fanatisme du pire.
    (Syllogismes de l'amertume, p.803, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Je crois au salut de l'humanité, à l'avenir du cyanure.
    (Syllogismes de l'amertume, p.806, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Il n'est qu'un esprit lézardé pour avoir des ouvertures sur l'au-delà.
    (Syllogismes de l'amertume, p.806, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Le secret de mon adaptation à la vie ? - J'ai changé de désespoir comme de chemise.
    (Syllogismes de l'amertume, p.807, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

    Le spermatozoïde est le bandit à l'état pur.
    (Syllogismes de l'amertume, p.812, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)

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